Le Newroz, symbole de résistance et de lutte, remplira à nouveau les rues de Diyarbakır aujourd’hui.
Le Newroz, le nouvel an kurde, qui signifie littéralement le « nouveau jour », a acquis une importance politique pour la lutte de libération du Kurdistan. C’est au Nord-Kurdistan qu’il a été célébré pour la première fois à grande échelle en 1991. Après de longues luttes, les célébrations ont quitté les ruelles étroites pour les places publiques et se sont transformées en manifestations massives rassemblant des millions de personnes.
Dans les années 1990, l’armée turque a systématiquement réprimé les célébrations du Newroz dans les régions kurdes, massacrant des centaines de personnes. Des milliers de personnes ont été arrêtées et détenues pour avoir participé à ces manifestations. Malgré les violences et les pressions, les places de Newroz sont devenues de puissants lieux de résistance.
Lorsque les célébrations de Newroz ont commencé à se transformer en rassemblements de masse en 1991, réunissant des milliers de personnes, de Nusaybin (Nisêbîn) à Istanbul, en passant par Adana, Cizre, Kulp, Hani et Diyarbakır (Amed), la police et l’armée turque ont ouvert le feu sur les foules, causant la mort de 31 personnes.
Massacres et oppression
En 1992, le Premier ministre de l’époque, Süleyman Demirel, a déclaré : « Tout le monde est libre de célébrer le Newroz ». Cependant, les forces de sécurité ont attaqué les célébrations, massacrant 94 personnes. Alors que les représentants de l’État répétaient que « les personnes tuées étaient membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) », la vérité était indéniable : parmi les victimes se trouvaient des enfants – tels que Hatice Katar, 5 ans, et Mehdi Güngen, 9 ans – et des personnes âgées. Les forces turques ont également pris pour cible les journalistes couvrant les célébrations. Au cours de ces attaques, İzzet Kezer, journaliste au quotidien Sabah, a été tué d’une balle dans le front.
Le Newroz de 1999
Les premières célébrations du Newroz organisées après l’enlèvement du leader kurde Abdullah Öcalan par l’État turc au Kenya en 1999 se sont déroulées sous un lourd blocus policier et de violentes attaques. Selon l’Association des droits de l’homme (IHD), 8 174 personnes ont été arrêtées dans toute la Turquie et des centaines ont été grièvement blessées.
Entre le 21 et le 24 mars 2008, les célébrations du Newroz ont été violemment réprimées par l’armée dans les villes de Van (Wan), Hakkari (Colemêrg) et Yüksekova (Gever). Trois personnes, Ramazan Dal, Zeki Erinç et İkbal Yaşar, y ont perdu la vie.
Interdiction du Newroz par le pouvoir turc
En 2012, le ministère turc de l’Intérieur a interdit les célébrations du Newroz dans plusieurs grandes villes, dont Diyarbakır, Batman (Êlîh) et Istanbul. À Diyarbakır, les forces de police ont encerclé le siège provincial du parti, bloqué les routes et tenté d’empêcher les politiciens d’atteindre la zone de célébration. Cependant, la foule des personnes venues fêter le nouvel an kurde a renversé les barricades et envahi la place du Newroz. Dépassées par l’ampleur de la résistance, les forces de police ont été contraintes de se retirer. Malgré la répression et le interdictions, plus d’un million de personnes se sont rassemblées ce jour-là sur la place du Newroz. Cette année-là, il n’y a pas eu de danses traditionnelles, aucun artiste n’est monté sur scène, mais les slogans n’ont pas cessé de résonner dans la foule.
Le renouveau de l’espoir de paix
Le Newroz de 2013, célébré sous le slogan « Liberté pour Öcalan, statut pour les Kurdes », a été marqué par le manifeste du leader du peuple kurde Abdullah Öcalan. Diyarbakır a été le théâtre du plus grand rassemblement du Newroz de l’histoire, avec près de deux millions de personnes qui ont participé aux célébrations.
Le Newroz 2016 s’est déroulé dans un climat de conflit et de destruction à la suite de la déclaration d’autonomie. Le massacre de civils dans les sous-sols de Cizre et les meurtres de jeunes Kurdes dans les rues ont profondément marqué les célébrations de cette année-là. C’est pourquoi le Newroz s’est déroulé sous le slogan « Nous vaincrons par la résistance ».
Malgré la guerre, la destruction, l’état d’urgence et l’intensification des opérations militaires, des centaines de milliers de personnes ont de nouveau rempli les places pour le Newroz 2017. À Diyarbakır, le meurtre de Kemal Kurkut, qui a été abattu par la police à l’entrée de la place du Newroz, a suscité une indignation générale.
L’espoir de paix s’est d’abord épanoui lors du Newroz de Diyarbakır en 2013. Après avoir été brisé en 2015, cet espoir a été ravivé par « l’appel à la paix et à une société démocratique » de M. Öcalan, qui a été partagé le 27 février. Le peuple kurde, ainsi que d’autres peuples du Moyen-Orient, célèbrent le Newroz dans un esprit d’espoir renouvelé pour la paix. Aujourd’hui, tous les regards sont à nouveau tournés vers Diyarbakır, où le Newroz est célébré ce 21 mars.