« Le processus de pandémie aurait été différent si le maire métropolitain de Diyarbakır, Selçuk Mızraklı, n’avait pas été destitué, jeté en prison et remplacé par un administrateur, » a déclaré Le docteur Halis Yerlikaya, membre du Conseil central de l’Association médicale turque (TTB), propos rapportés le 28 août dernier par l’agence de presse Bianet (Bianet se présente comme un réseau d’information indépendant mettant l’accent sur les questions des droits de l’homme, des femmes, des LGBT et de la liberté d’opinion. Il est majoritairement financé par la Commission européenne). 

« Diyarbakir, qui fait partie des cinq zones les plus touchées en Turquie, était encore la semaine dernière classée en zone rouge. L’unité de soins intensifs de l’hôpital de Diyarbakır regorge de personnes non vaccinées. Diyarbakır fait partie des 5 dernières provinces dont le taux de vaccination est le plus faible. Si le co-maire Selçuk Mızraklı n’avait pas été arrêté, le processus de pandémie et le l’image que nous voyons à Diyarbakır aujourd’hui auraient été très différents. » 

La ville métropolitaine de Diyarbakir est administrée depuis la destitution et l’emprisonnement, en 2016, des co maires Gültan Kisanak et Firat Anli, par un administrateur désigné par l’administration AKP du tout puissant président Erdoğan, hormis une interruption de quelques mois, le temps du mandat des co maires, Selçuk Mızraklı et Hülya Alökmen Uyanık, élus le 31mars 2019 et destitués, 5 mois plus tard, le 19 aout. Selçuk Mızraklı sera emprisonné à son tour le 22 octobre 2019. Il sera jugé le 9 mars 2020, au cours procès-éclair, après une instruction bâclée, et condamné à 9 ans, 4 mois et 15 jours de prison pour “appartenance à une organisation terroriste”. 

Hülya Alökmen Uyanık

Hülya Alökmen Uyanık, mise en détention le 30 octobre 2020 pour « propagande en faveur d’une organisation terroriste et appartenance à une organisation terroriste armée » sera remise en liberté le 23 mars 2021. Mais le 15 avril suivant, elle est, suite à un nouveau mandat d’arrêt, interpellée alors qu’elle rend visite à son père, à Mardin, et traduite devant la 9e Haute Cour pénale de Diyarbakır qui la condamne à 10 ans et 6 mois de prison. Hülya Alökmen Uyanık est immédiatement conduite la prison de type E de Mardin. On lui reproche, alors qu’elle était, en 2012, co-présidente de la section de Diyarbakır du Syndicat des travailleurs de la santé et des services sociaux (SES), sa participation aux actions et activités organisées par le syndicat et sa qualité de délégué du Congrès de la société démocratique (DTK). Hülya Alökmen Uyanık avait été exclue de la profession infirmière par un décret-loi après la « tentative de coup d’État » du 15 juillet 2016. Pierre Barbancey, dans le journal l’Humanité, avait qualifiée Hülya Alökmen Uyanık, au lendemain de son élection de co-maire de Diyarbakir, de « Femme du jour » : « elle a été de tous les combats pour la reconnaissance des droits du peuple kurde ».

Selçuk Mızraklı

Selçuk Mızraklı La politique anti-kurde d’Erdoğan révèle la vraie nature de la démocratie « à la turque », un réel danger pour la paix et la démocratie – Amitiés kurdes de Bretagne (akb.bzh) , né en 1963, à Siverek dans la province d’Urfa, fils d’instituteur, est un médecin ORL réputé qui a exercé un temps à l’hôpital d’oncologie d’Ankara, avant de s’installer en 2005 à Diyarbakir. Selçuk Mızraklı a milité au sein de plateformes démocratiques depuis les années 90, adhéré en 2000 au Congrès pour une Société démocratique (DTK), et, en 2006, à l’Association des Droits de l’Homme (IHD). Il est membre d’honneur conseil de l’ordre des médecins de Diyarbakir dont il a assuré la présidence de 2008 à 2010. Interpellé en juillet 2017 en raison de ses activités au sein du DTK, il avait été incarcéré à la prison de type D de Diyarbakır avant d’être libéré après 49 jours de détention. Le 24 juin 2018, il fut élu député HDP de Diyarbakir et, le 31 mars 2019, les électeurs de Diyarbakir le choisiront comme co-maire. Il est aujourd’hui détenu à la prison de Kayseri / Bünyan. Mais la procédure judiciaire n’est pas terminée : Zülal Erdoğan, l’un de ses avocats, déclare vouloir aller devant la Cour suprême, et, si nécessaire, devant la Cour européenne des droits de l’homme.

André Métayer.

Ecrire à Selçuk Mızraklı, Prison Kayseri/Bünyan Cezaevi Turquie

Laisser un commentaire