Il y a dix ans aujourd'hui, 34 personnes, majoritairement mineures, ont été tuées près du village de Roboski, dans la province kurde de Sirnak, lorsque l’aviation turque a bombardé un groupe qui transportait des marchandises de contrebande à travers la frontière entre la Turquie et l’Irak. Depuis, les familles ne cessent d’exiger justice.
Funéraille des 34 victimes de Roboski le 29 décembre 2011

Il y a dix ans aujourd’hui, 34 personnes, majoritairement mineures, ont été tuées près du village de Roboski, dans la province kurde de Sirnak, lorsque l’aviation turque a bombardé un groupe qui transportait des marchandises de contrebande à travers la frontière entre la Turquie et l’Irak. Depuis, les familles ne cessent d’exiger justice.

Il y a dix ans aujourd’hui, 34 jeunes ont été tués dans ce qu’on appelle depuis le massacre de Roboski. Aucun des responsables de la frappe aérienne qui a tué les civils n’a été traduit en justice. En revanche, deux des proches des victimes sont en prison et 34 autres sont jugés.

Le 28 décembre 2011, l’aviation turque a bombardé un groupe qui transportait à dos d’âne des produits de contrebande – essence, thé, sucre – ramenés de l’autre côté de la frontière turco-irakienne, l’une des frontières qui divise le Kurdistan.  Le massacre a eu lieu à proximité du village de Roboski, dans la province kurde de Sirnak. Les 34 victimes étaient pour la plupart des adolescents.

Tous les tribunaux, tant civils que militaires, ont rejeté les plaintes des familles. Après l’épuisement de toutes les voies de recours internes, une demande a été soumise à la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Cependant, les avocats des familles des victimes avaient soumis des documents manquants deux jours après la fin du délai, la CEDH a rejeté la demande en mai 2018.

Le traitement judiciaire du massacre de Roboski est emblématique du fonctionnement de la justice turque. Aucun des responsables n’a été tenu responsable. Cependant, Veli Encu qui a perdu son frère Serhat dans la frappe aérienne, et Barış Encu, qui a perdu son frère Nevzat, sont en prison pour avoir protesté contre le massacre. 34 personnes sont par ailleurs poursuivies pour avoir protesté contre l’administrateur du district de l’époque, Naif Yavuz. Elles sont accusées de « propagande en faveur d’une organisation illégale, d’insulte à l’armée et de tentative de meurtre ». 16 autres proches sont jugés pour avoir assisté à la commémoration. Des dizaines de membres de la famille ont été condamnés à une amende.

Veli Encu a été condamné à cinq ans de prison. En prison depuis deux ans, il est en outre jugé dans cinq autres affaires. Barış Encu est également emprisonné depuis près de deux ans ; il a été condamné à plus de six ans de prison pour ses postes sur les réseaux sociaux.

« Une confusion malheureuse », selon l’armée turque

19 des 34 victimes du massacre de Roboski avaient moins de 18 ans. Seulement quatre personnes ont survécu à l’attaque, toutes grièvement blessées. Les jeunes hommes âgés de 13 à 38 ans revenaient du Kurdistan du Sud (Irak) lorsque les bombardements des avions de chasse turcs ont commencé à 21 h 37. Les bombardements se sont poursuivis jusqu’à 22 h 24.

L’état-major turc a déclaré plus tard que l’armée avait attaqué le groupe parce qu’il avait emprunté une route également utilisée par le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan). Cependant, sur les images de drone prises quelques heures avant la première frappe aérienne, vers 18 h 39, les transporteurs de marchandises étaient clairement identifiables. La police militaire locale (Jandarma) était également informée de l’activité des transporteurs, car elle percevait des droits de douane illégaux.

Qui plus est, il est notoire que la guérilla n’utilise pas les longues routes empruntées par les commerçants frontaliers, ni ne se déplace dans des groupes aussi visibles et avec des mules. L’actuel chef de l’État Recep Tayyip Erdoğan, qui était Premier ministre à l’époque, a promis d’enquêter sur l’incident. Cependant, Erdoğan lui-même a récompensé le chef d’état-major responsable du bombardement.

Comme l’a dit le KCK dans un communiqué lundi, « Les avions de guerre qui ont bombardé les habitants de Roboski ont reçu des instructions de quelque part. Les plus grands coupables sont ceux qui ont donné cet ordre. Cet ordre a été donné par le Premier ministre de l’époque, Tayyip Erdoğan. Ils ont dit à Erdoğan « il y a un convoi de commerçants transfrontaliers avec un terroriste dedans ». On a demandé à Tayyip Erdoğan a autorisé la frappe. Pour cette raison, les criminels du massacre de Roboski ne sont pas recherchés et poursuivis. Le meurtre de 34 jeunes et enfants est qualifié d’erreur. Ils veulent que les gens l’oublient. Ainsi, Recep Tayyip Erdoğan erre librement avec du sang sur les mains. Sans aucun doute, Erdoğan est responsable ces morts, comme de milliers d’autres. »

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