Candidature de Rojbîn, à titre posthume, au prix Danielle Mitterrand 2019

Nous faisons appel cette année à nos partenaires pour désigner le/la lauréat.e du prix Danielle Mitterrand 2019 ! Nous attendons donc vos propositions. C’est l’occasion de mettre en lumière une personne et surtout des alternatives démocratiques, soutenables et solidaires au système néolibéral. Le chemin tracé par Danielle Mitterrand se poursuit. Aujourd’hui, il est essentiel de mettre en lumière les valeurs qu’elle défendait et de transmettre au plus grand nombre sa vision d’un monde plus juste et plus solidaire. C’est pourquoi France Libertés a choisi de décerner, chaque année, le prix Danielle Mitterrand à un acteur de la société civile ayant contribué à porter ces idées. À travers le Prix Danielle Mitterrand, la Fondation souhaite faire connaître ces initiatives souvent peu visibles mais pourtant remarquables, pour mieux refuser le fatalisme et porter la vision d’un autre monde basé sur des valeurs profondément humanistes.

En recevant ce message de France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand, nous avons immédiatement pensé à Rojbîn Fidan Doğan dont l’assassinat en plein Paris, le 9 janvier 2013, en compagnie de deux autres militantes kurdes, a montré que cette femme–là, il fallait la faire taire car elle devenait dangereuse pour la politique d’un dictateur foulant aux pieds tous les principes démocratiques : elle fut achevée une balle dans la bouche. Cet horrible crime a mis en lumière toutes les actions entreprises par Rojbîn pour la défense de l’identité de son peuple, le peuple kurde, mais pas seulement.

Les Amitiés kurdes de Bretagne présentent la candidature de Rojbîn

Figure emblématique de la jeune femme kurde, moderne, luttant contre l’oppression turque mais aussi contre l’oppression féodale, l’enfermement des femmes dans un état de soumission face à l’autorité machiste et patriarcale, Rojbîn était, pour cette cause aussi, une avocate souriante mais ferme, et totalement engagée. Née à Hançıkplak, en Turquie, Rojbîn avait 9 ans quand elle est arrivée en France rejoindre ses parents à Lyon, dans un camp de réfugiés, où elle vécut quelques mois avant de s’installer à Strasbourg. Elle était très liée à sa famille, vivant en empathie avec elle mais aussi avec le monde entier. Et puis, tout a été très vite, sous l’aile protectrice de son mentor, Faruk Eyyup Doru (aujourd’hui représentant le HDP? en Europe), celui qui forma toute une génération de jeunes militants et militantes kurdes. A la direction du Centre d’information du Kurdistan à Paris comme au Congrès National du Kurdistan à Bruxelles, Rojbîn sut se faire remarquer avec ce don de pouvoir dialoguer avec tout le monde, des responsables politiques au cuisinier, faisant preuve d’une autorité naturelle sans se départir de sa gentillesse. Infatigable, nous trouvons Rojbîn à Bruxelles, à Paris, à Rennes, à Douarnenez, à Strasbourg, en Corse, en Europe, et ailleurs … Elle organise en 2009 un congrès à Paris, au Palais du Luxembourg, des rencontres internationales à Bruxelles, c’est elle aussi l’une des organisatrices de la conférence donnée à Bruxelles par la Fondation internationale des Femmes libres (IFWF) sous la présidence d’Eva-Britt Svensson, Présidente de la Commission des Droits de la Femme et de l’Egalité des Genres au Parlement européen. On la trouve encore à Strasbourg, dans l’église St Maurice et dans la longue marche venant de Genève pour soutenir les détenus politiques en Turquie, en grève de la faim.

Danielle – Rojbîn, même combat

À 17 ans, Danielle Gouze était déjà dans la Résistance (c’est là qu’elle rencontra « Morland » et devint par la suite Mme Mitterrand). A 16 ans, Rojbîn rentrait aussi en résistance : « l’année 1999, avec l’arrestation d’Abdullah Öcalan, fut le tournant de notre vie, et c’est à partir de cette année-là que nous avons commencé à adopter une position révolutionnaire : il était temps de résister, d’apporter le soleil dont les rayons perceront la neige, il était temps de devenir Rojbîn et Berfin » (« Rojbîna me, notre Rojbîn ») écrira Berfin, son amie de toujours. Danielle échappa en 1992 à un attentat ourdi par les services secrets irakiens de Saddam Hussein. Rojbîn a été assassinée le 9 janvier 2013 par les services secrets turcs d’Erdoğan. Le gouvernement français avait promis de faire toute la lumière sur ce crime d’Etat mais, l’émotion passée, la raison d’Etat, à l’évidence, a primé et il n’a plus été question de rechercher l’origine de cet assassinat. Danielle Mitterrand ne l’aurait pas accepté, elle qui n’a jamais transigé quand il s’agissait de défendre la « justice » et « la vérité » et aurait sans nul doute parrainé le comité qui porte ce nom « Vérité justice » créé à l’initiative de la CNSK, la coordination nationale Solidarité Kurdistan qui regroupe une vingtaine d’organisations kurdes et amis des Kurdes, dont les Amitiés kurdes de Bretagne.

Elles avaient aussi en commun cette force de persuasion, jusqu’ à l’épuisement. Pour la défense des droits de l’homme et des libertés. L’amour aussi pour le peuple kurde. « La mère des Kurdes » a été de tous ces combats comme, par exemple, en 1994, en créant le CILDEKT, le Comité international pour la libération de députés kurdes emprisonnés, et en menant une vaste campagne internationale pour sensibiliser l’opinion à leur sort. Rojbîn, aussi, était de tous ces combats.

DRK/AKB – Danielle Mitterrand

Dès sa création, l’association AKB (Amitiés kurdes de Bretagne) qui s’appelait alors DRK (Délégation rennaise Kurdistan), prenait contact avec Mme Mitterrand, présidente de France Libertés qui, en 1997, cosignait, avec Mgr Gaillot, le MRAP et la CIMADE un appel initié le 20 octobre par DRK en faveur de Eyyup Faruk Doru, « militant de la cause kurde et réfugié politique, en détention provisoire, depuis le 28 Mai 1996, à la prison de Fleury-Mérogis » et demandait « un permis de visite » qui provoqua la remise en liberté de Faruk le 28 janvier 1998. C’est également en 1998 que Mme Mitterrand est venue à Rennes, le 28 mai, honorer de sa présence la « première » du film « Kurdistan, je reviens d’un pays qui n’existe pas », film réalisé par l’association DRK avec le soutien de « France Libertés Fondation Danielle Mitterrand ». Ce film sera présenté, en 2003, lors de la 26° édition du Festival de cinéma de Douarnenez dont le titre était « Kurdistan ». L’une des invités était Mme Mitterrand qui participa activement aux tables rondes et fut reçue avec honneur par Mme Prévost, maire de Douarnenez, entourée de Feridun Celik, maire de Diyarbakir, et d’Ayse Karadag, maire de Derik. Les Kurdes présents, les amis des Kurdes, les festivaliers gardent l’image d’une grande dame dont la simplicité et le sourire forçaient le respect et l’admiration. Faruk était là bien sûr. Rojbîn aussi, avec ce rôle discret mais essentiel pour créer des liens et faire avancer les causes qui lui étaient chères.

Oui, Rojbîn fut à l’origine « d’initiatives remarquables soutenables, démocratiques et solidaires qui contribuent à la construction d’un monde plus juste ». Oui, Rojbîn partageait les valeurs qui forment le socle de l’action de France Libertés : la justice, la fraternité, la coopération.

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