Appel international pour sauver le site antique de Hasankeyf
Site de Hasankeyf

Une centaine d’ONG à travers le monde appelle à l’action avant que le barrage d’Ilisu n’engloutisse le site antique de Hasankeyf. La mise en eau du barrage fixée par le gouvernement turc au 10 juin prochain ferait disparaître 12.000 ans d’histoire.

Alertant sur l’ampleur du préjudice qu’entraînerait ce projet fortement contesté, l’initiative pour Hasankeyf a lancé un appel intitulé “Il n’est pas trop tard pour sauver Hasankeyf et le fleuve du Tigre” :

Depuis 12 000 ans, Hasankeyf, située dans le sud-est de la Turquie, est un site d’établissement humain ininterrompu. Des dizaines de cultures ont contribué à construire ce site exceptionnel qui s’étend sur les rives du Tigre et dans des vallées adjacentes.

Les fouilles récentes démontrent que Hasankeyf recouvre un patrimoine culturel inestimable qui reste à découvrir. Des chercheurs indépendants déclarent que Hasankeyf et la vallée du Tigre environnante sont aussi importantes historiquement que les sites d’Éphèse, de Troie ou de la Cappadoce et qu’elles remplissent 9 des 10 critères de l’UNESCO définissant un site du patrimoine mondial. Hasankeyf est considérée comme la jumelle de Göbeklitepe, un sanctuaire datant de la même époque, situé à 225 km plus à l’ouest, qui a conduit à de nouvelles conclusions globales sur le premier établissement humain de l’histoire.

“La porte aux serpents” sur le site de Hasankeyf

Hasankeyf et la vallée du Tigre environnante devraient être inondées par le projet de barrage et de centrale hydroélectrique d’Ilisu, dont la construction est presque entièrement terminée. Dans des déclarations récentes, le gouvernement turc a annoncé qu’il entamerait le remplissage du réservoir du barrage d’Ilisu le 10 juin 2019. Les autorités ajoutent qu’en octobre 2019, l’élévation du niveau de l’eau affectera la ville de Hasankeyf.

Le projet Ilisu était et reste un investissement totalement funeste et dévastateur. C’est pourquoi, depuis le début, ce projet a été fortement contesté, non seulement au niveau local en Turquie, mais également en Iraq, en Syrie et dans le monde. Contrairement aux allégations officielles, le barrage n’aurait aucun avantage socio-économique ou autre pour la majorité de la population se trouvant dans la région touchée, et jusqu’à 80.000 personnes perdraient leurs moyens de subsistance.

Outre Hasankeyf, une partie importante du patrimoine culturel non encore fouillé de la Haute Mésopotamie, le long du Tigre, serait inondée. La biodiversité de l’écosystème du Tigre serait considérablement dégradée. Le projet Ilisu affecterait également de manière grave les étendues en aval du Tigre, mettant gravement en péril l’approvisionnement en eau des grandes villes irakiennes, et menaçant sérieusement l’agriculture irakienne. En particulier, le site UNESCO des marais mésopotamiens dans le sud de l’Irak serait menacé d’assèchement en raison de la réduction des débits en aval.

Au cours des dernières années, le programme gouvernemental de “déplacement des monuments et de consolidation des rochers” a sérieusement endommagé le patrimoine culturel de Hasankeyf. Mais il reste encore beaucoup de patrimoine culturel à sauver. Bien que le projet soit sur le point d’être achevé, nous sommes convaincus que l’annulation du projet Ilisu stimulerait un processus dont l’ensemble de la population locale, la Turquie et l’Irak, bénéficieraient directement, aussi bien économiquement que socialement et culturellement.

Nous demandons au gouvernement turc de ne pas entreprendre le remplissage du barrage d’Ilisu, ni en juin, ni plus tard, et de préférer une nouvelle discussion large, participative et transparente avec tous les représentants de la population locale sur l’avenir des cinq provinces touchées. Sur la base des résultats de ces discussions participatives, des politiques sur l’avenir de la vallée du Tigre et de la région environnante devraient être élaborées et mises en œuvre, avec l’accord de toutes les parties concernées. Par ailleurs, un accord mutuel devrait être conclu avec l’Irak et la Syrie, conformément au droit international, afin de garantir des débits suffisants d’eau dans les marais mésopotamiens et le sud de l’Irak.

Nous appelons toutes les personnes et organisations du monde entier à soutenir nos revendications et à lancer des appels similaires au gouvernement turc.”

Source: Initiative pour Hasankeyf

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