Un événement majeur a eu lieu au Rojava. Passé inaperçu dans un Moyen-Orient dominé par des gouvernements autoritaires et des guerres, il y avait pourtant de quoi faire couler de l’encre. La Fédération de la Syrie du Nord a organisé des élections, sur son sol, dans les régions qu’elle contrôle. Le pays est ravagé par la guerre et on pourrait penser que c’est l’heure d’un énième trucage ou farce organisés par un régime autocratique, il n’en est rien.

Les élections se déroulent en trois phases. La première du 12 septembre visait les communes. La commune est l’instance de base : il ne s’agit pas de mairie telle en France où dans la plupart des cas des milliers d’habitants se rendent aux urnes, mais plutôt à l’échelle d’une rue et composée d’environ 100/150 familles (cela pouvant grandement varier). La deuxième du 1er décembre concerne l’élection des assemblées locales au niveau de la ville, du district et du canton. Nous nous attarderons, par la suite, sur le deuxième échelon de cette série d’élections. Et enfin aura lieu, le 19 janvier, les élections au niveau des régions et de la Fédération.

Les élections se déroulent à bulletin secret et les assemblées locales et fédérales seront constituées d’au moins 50% de femmes ainsi qu’une représentation de « la société civile » à hauteur de 40%. C’est un moyen pour les minorités comme les yézidis ou les chrétiens syriaques d’être représentées à travers leur association et parti, mais également des représentants de la jeunesse ou d’autres composantes constituant la société. Le 1er décembre, les élections ont visé à obtenir une composition à 60% des assemblées. Il y a avait plusieurs types de listes notamment des listes de partis politiques et de leur partenaire. La liste ayant obtenu le plus de suffrage est une liste d’une quinzaine de partis politiques qui s’étaient répartis les candidats. Il était possible de se présenter en tant qu’indépendant.

Qu’en est-il des résultats ? Tout d’abord, on note une bonne participation du corps électoral malgré les conditions difficiles en Syrie, soit 69% de participation. D’après un communiqué de la représentation du Rojava, les résultats, région par région, sont les suivantes :

Dans la région de Cizîre (située dans le gouvernorat d’Hassaké) : 

– la liste nation démocratique (regroupant une quinzaine de partis politique dont le PYD) obtint 2718 sièges sur les 2902 candidats.

– la liste de la coalition nationale kurde (du parti de l’union démocratique kurde) obtint 40 sièges sur les 99 candidats.

– les sièges obtenus par les indépendants sont de 144 sur les 267 candidats.

Dans la région de l’Euphrate (qui comprend Kobané, Tell Abyad et Manbij) : 

– la liste nation démocratique obtint 847 sièges sur les 954 candidats.

– la liste de la coalition nationale kurde obtint 40 siège sur les 124 candidats.

– les indépendant obtinrent 67 sièges sur les 95 candidats.

Dans la région d’Afrin : 

– la liste nation démocratique obtint 1056 sièges sur les 1175 candidats.

– la liste coalition nationale kurde obtint 8 sièges sur les 48 candidats.

– les indépendant obtinrent 40 sièges sur les 86 candidats.

Les résultats très favorables au PYD et ses partenaires dans la liste nation démocratique pourraient paraître étonnants, mais ils ne le sont pas en réalité. En effet, le PYD étant perçu comme le principal acteur de la chute de Daech, des islamistes et comme celui qui a tenu à distance le régime de la fédération du nord de la Syrie, il récolte les lauriers de ses victoires.

De plus, la politique de dialogue et de compromis avec l’ensemble des populations lui donnait une bonne image auprès des populations. Il a su administrer les régions libérées avec de bons résultats malgré l’embargo et le manque de moyens. Le résultat est aussi à nuancer, car plus d’un candidat indépendant sur 2 a été élu. De plus, la principale liste concurrente aégalement obtenu une part de siège sur le nombre total des candidats présentés.

Certains pourraient croire que ces élections sont truquées, ce que dément fermement Khaled Issa, représentant du Rojava en France. « C’est un événement très important en Syrie, car ailleurs en Syrie c’est la dictature où les gens s’entre-tuent » dit-il, « nous essayerons d’appliquer les normes les plus démocratiques possibles notamment en rendant possible une véritable représentation des minorités », car « la démocratie ne se résume pas au suffrage universel ». Selon lui, « il a été très difficile de ramener des observateurs étrangers sur place à cause de l’embargo ». Malgré cela, des observateurs américains, russes, français et une délégation du parlement kurde irakien, avec un représentant de l’ensemble des partis kurdes (dont le PDK, principal détracteur du PYD en Irak), sont venus observer les élections et n’ont constaté aucune irrégularité. Khaled Issa finit par confier « des mesures de boycotte de notre élection ont été mises en place pour empêcher la mise en lumière de cette expérience ».

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