« On ne naît pas femme : on le devient ». Simone de Beauvoir

« Ma vie fut toujours un combat ». Sakine Cansiz

La perception du genre est une réalité qui est étudiée depuis plusieurs centaines d’année par différentes actrices des académies de recherche sociale. Puis, approfondie par certaines figures emblématiques du féminisme occidentale. La vérité est que cette perception à toujours été transcrite comme une simple définition du sexe féminin sans pour autant refléter des milliers d’années de transformation suite au détachement des notions sujet-objet qui donnent un sens réel à tous les êtres de cet univers. Comme le justifie Simone de Beauvoir dans notre histoire récente, devenir femme n’est ce pas lutter pour retrouver vers ses racines ? Acter de soi-même et avant tout comme tout être de ce monde à exister à par entière ?

Quel est le déclenchement qui bâtira dans le temps le trio domination-inégalité-discrimination ? Toutes ces questions ont été minutieusement étudiées à différentes époques de notre histoire. Une histoire qui reste tout de même encore à ce jour sous l’ombre des initiateurs du système patriarcal. Alors que de nombreuse recherches nous montrent que pendant une très longue période de l’histoire de la civilisation, l’humanité vivait en harmonie avec la nature, se nourrissait mutuellement de ses richesses sans pour autant se distinguer vis à vis des genres qui commencèrent à évoluer au fil des années. L’ère du néolithique, qui à son apparition fut source de révolution au bord du Nil et en Mésopotamie, entama, sans le prédire, une nouvelle époque où cette harmonie se détacha de ce qui portait en elle le sens réel de la vie.

L’un des derniers philosophes du 21ème siècle et le leader historique du peuple Kurde, Abdullah Ocalan se distingua des autres philosophes par ses analyses sur l’histoire de l’humanité mais particulièrement sur l’histoire des femmes. Selon lui, et ceci est une thèse reprise par beaucoup d’autres intellectuels, les femmes sont la première nation colonisée de ce monde. Les femmes qui furent initiatrice des premières sociétés et des vies en communalité étaient les sujets de cette civilisation qu’elle tissèrent autour d’elles. Cette culture de chasse des hommes qui servait au départ à compléter leur responsabilité face à la vie commune dans cette période de l’histoire s’institutionnalisera au fur et à mesure du flux de surproduction. Cette colonisation ne se limita pas seulement à la terre des femmes, à leurs corps mais se figea surtout sur leurs forces de réflexion sujet et mère des premières sociétés éthiques et politiques. Les époques de l’esclavagisme, du féodalisme et du capitalisme se poursuivirent pour enfouir les femmes au fin fond d’une histoire où elles ne furent plus sujet d’une société libre mais objet de toutes formes d’oppressions, de dominations, de discrimination et de féminicides.

Le premier féminicide infligé n’était ce pas simplement de « naître femme » selon la définition d’idée conçue du système patriarcal ? N’oublions tout de même pas que, malgré cette institutionnalisation patriarcale qui aujourd’hui se transcrit comme modernité capitaliste, les forces de la modernité démocratique existèrent toujours et à chaque moment de cette histoire afin de lutter pour les valeurs éthiques et morales d’une société libre. Les femmes étaient elles aussi à l’avant garde de ces mouvements de révolutions pour la liberté de l’humanité. Les traces de cette élan vers l’émancipation en Occident se reportent à la première lutte organisée pour les droits des femmes dans les constitutions, la première déclaration des droits des femmes par Olympes de Gouges, les écrits de Simone de Beauvoir sur le genre féminin et toutes une vagues des courants féministes qui faute de projet de société ne pourront s’affranchir totalement de ce système.

Le mouvement des femmes kurdes qui s’est imprégné de cet héritage de l’histoire se reconnaît dans les valeurs du féminisme universel. Ce mouvement de 40 années de lutte basa son idéologie de libération des femmes kurdes sur le principe qu’aucune société ne pourrait être libre sans passer par la libération des femmes. Ce fondement fut le noyau idéologique d’un nouveau système inspiré du Confédéralisme démocratique qui s’instaure aujourd’hui au Kurdistan, au cœur du Moyen-Orient. Le pilier principal de ce système est la présence pionnière des femmes à tous les niveaux de la société. La politique, les domaines social, culturel, éducatifs et d’auto défense. Les femmes sont sujet d’une société qui promue l’émancipation des femmes et à travers elles de tous les composants de la société ! L’importance des retrouvailles avec la nature par son projet écologique reconstruit un équilibre entre les humains et la nature vivante.

Devenir femme, le combat permanent du Mouvement des femmes kurdes, ou plus précisément avec un apport à cette citation historique de Simone de Beauvoir au temps actuel d’un élan vers l’émancipation « naître femme dans une société libre ». La trajectoire des femmes kurdes et révolutionnaires engagées au sein du Mouvement des femmes Kurdes n’a pas toujours été facile. Sakine Cansiz, qui pendant toutes sa vie politique fut la légende vivante de la résistance du peuple kurde, décrira à travers sa biographie la lutte de libération des femmes par sa citation historique « Ma vie fut toujours un combat ». Ce combat qui commença par la sensibilisation des femmes, par l’éveil d’une prise de conscience de l’identité du genre au cœur de la société kurde qui dès lors avait entamé une lutte pour la reconnaissance de l’identité nationale kurde. Ce parallèle se concrétisera et se nourrira des analyses et dialogues du leader du peuple Kurde Abdullah Ocalan sur la question du rôle des femmes dans la société et plus précisément dans la famille en 1986. Les méthodes et thèses employés apportèrent aux transformations des mentalités patriarcales par la critique et l’autocritique. L’interrogation de l’histoire du système patriarcal en décodant les formes et comportements sur la personne depuis l’enfance. Une révolution dans la révolution.

Aujourd’hui le mouvement des femmes Kurdes est porteuse d’une nouvelle science au féminin “la Jineolojî” qui dépasse les mures des instituts de recherches. La jineolojî se base sur l’histoire du vécue des femmes. Elle ne se limite pas aux théories mais fusionne avec ces pratiques qui sont le fruit de l’expérience des années de lutte. Ce combat pour la libération des femmes pousse de l’avant cet élan vers l’émancipation des femmes.

Par Nursel Kilic

Laisser un commentaire